Les origines de la parole

    Pour devenir apte à parler, l’être humain a d’abord dû subir quelques transformations anatomiques. En effet, le larynx très haut placé, la cavité buccale allongée et la forme de la langue, encore très proches de ceux du chimpanzé, chez les australopithèques et même vraisemblablement chez l’Homo habilis et l’Homo erectus ne permettaient pas la prononciation de sons clairs, distincts et articulés. Donc, chez l’humain, le larynx s’est abaissé et la forme de la base du crâne, qui était plate, prit la forme d’un accent circonflexe, cependant, cela eut pour conséquence qu’il ne put, à partir de ce moment, respirer et boire en même temps. Chez le singe, par contre, ces transformations ne se produisirent pas, et ils purent continuer à boire et respirer simultanément. À ce propos, savez-vous pourquoi les animaux ne peuvent pas parler ? Certaines espèces animales réussissent à répéter quelques mots certes, car en les stimulant, ils finissent par répondre, mais cela se limite là. Premièrement, outre les restrictions physiques, ils ne donnent pas d’ordre. Ensuite, ils ne possèdent pas de curiosité intellectuelle. Enfin, dépourvus d’imagination, ils sont incapables de parler de ce qui n’existe pas.

    Alors, suite à ces changements physiologiques, les humains se mirent à parler. Ce qui nous amène à aborder les langues. Linguistiquement parlant, elles se composent toutes de monèmes (mots) et de phonèmes. Un phonème est un son, soit la plus petite unité phonique d’un mot. Par exemple, dans le mot " oiseau ", on en retrouve quatre : [o], [a], [ze], [o]. Ainsi, le français compte vingt-six lettres dans son alphabet, mais dénombre trente-six phonèmes. Du surcroît, le signifiant désigne le mot qui nomme une chose et le signifié constitue cette chose. Par exemple, " chaise ", " chair " et " silla " sont les signifiants et le siège à dossier, sans bras, le signifié.

    Des chercheurs estiment à environ 7000 le nombre de langues parlées aujourd’hui. Or, la question qui intrigue la plupart des spécialistes est : " Existe-t-il une langue mère ? " En effet, à l’instar de l’indo-européen, qui, on le sait, est l’ancêtre du sanscrit, du grec, du latin et des langues germaniques, n’y aurait-il pas une origine commune à tous les langages ? Les linguistes ont émis une théorie à savoir que les hypothétiques Homo sapiens ancestraux vivant en Afrique il y a entre 100 000 et 200 000 ans auraient parlé cette " langue d’Ève ", que les linguistes appellent protosapiens (ou protohumain). Ensuite, une partie des membres de cette population serait partie à l’aventure, créant un première scission entre les langues restant en Afrique subsaharienne et les autres, celles des " émigrants ". Une seconde divergence se serait produite lorsque ceux-ci auraient atteint l’Asie du Sud-Est de l’Océanie, colonisant l’Australie il y a environ 50 000 ans.

    Les langues de ceux qui restaient en Afrique éclatèrent également en une multitude de sous-groupes qui se répandirent ensuite à leur tour à travers toute l’Eurasie. Une nouvelle séparation donne naissance au groupe appelé déné-caucasien. Les langues non déné-caucasiennes se différencièrent aussi. Certaines d’entre elles recolonisèrent une partie de l’Afrique donnant naissance au groupe afro-asiatique, tandis qu’une autre famille franchissait le détroit de Béring, peuplant progressivement l’Amérique et fondant par la même occasion le groupe amérindien. Deux autres petites divisions (le karvélien et le dravidien) restèrent sur le Vieux Continent, ainsi que le plus grand groupe, baptisé eurasiatique ; ce dernier éclata en un certain nombre de familles (indo-européenne, ouralique, altaïque, tchoukthce-kamchatkane et esquimau-aléoute), qui occupèrent à leur tout la quasi-totalité de l’Eurasie, supplantant presque partout les langues déné-caucasiennes. L’arbre généalogique ci-dessous illustre bien ce phénomène.

    Enfin, comment savoir quand le " big bang " linguistique s’est-il produit ? Johanna Nichols, de l’université de Californie à Berkeley, croit que le nombre de familles linguistiques se multipliait par 1,6 tous les 5 000 ans. Étant donné qu’elle considère que les quelque 5 000 langues actuelles se répartissent en approximativement 300 familles, on divise ce nombre par 1,6 jusqu’à ce qu’on obtienne un nombre inférieur à deux, en comptant le total de fois qu’on a dû faire l’opération. Ce total équivaut au nombre d’intervalles de 5 000 ans. Donc, selon Nichols, le nostratique (du latin " noster " qui signifie notre, c’est ainsi que les linguistes russes ont baptisé la première langue) date de 50 000 ans, voire 100 000 ans en tenant compte de certaines corrections.

 
 
 

Le saviez-vous ?  

Le premier mot jamais prononcé par l'homme fut «tik», qui signifierait «1» ou «doigt». Il est à noter cependant que cela demeure une hypothèse.